Les petits arrangements entre système et antisystème (Contribution)

Si l’ex Pastef a bien réussi une chose, c’est bien de faire passer ses « affaires » aux yeux d’une frange de l’opinion, pour un procès du vice contre la vertu. Le gimmick pastéfien promet un nouveau monde où rien ne sera plus comme avant. Même le commentariat peine à dissimuler une forme de compréhension dans le revirement sur fond de tyrannie de l’instant et de la transparence qui transforme l’homme public en cible des meutes numériques. Nous sommes pris dans un biais cognitif qui fausse notre jugement. Comment jouer au nouveau monde en négligeant les vertus que nous enseignait l’ancien ? Car, il faut le dire, la posture de pastef détonne dans une culture qui valorise le respect et la retenue. Leurs sorties sont toujours des réquisitoires à charge contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux, ou qui défendent un projet politique différent du leur. Le Pastef s’est fait remarquer par sa capacité à être velléitaire, contradictoire et à faire chuter ceux qu’il a avantageusement portés s’ils optent pour une autre voie. Qui, finalement, trouve grâce aux yeux de cet ambitieux qui regarde la société» avec des envies assumées ? Autour de la coalition Diomaye Président, nombre de «leaders» politiques, convertis à sa nouvelle religion représentent le système naguère voué aux gémonies.

Guirassy, directeur de campagne de la coalition « Diomaye président », Mimi Touré coordonnatrice de la campagne, Aïda Mbodj, présidente de la conférence des leaders de la même coalition… Il y a des manières plus hardies de se débarrasser du système. Et voilà que le PDS a rejoint la coalition Diomaye Président.

Que faut-il retenir de ce revirement ? C’est que Pastef est comme tous les autres partis qu’ils caricaturent à force de tirades antisystème. Ce qu’il veut, c’est le pouvoir, quels que soient les arrangements pour y parvenir. Nos sages aiment à rappeler que la vertu n’a ni âge, ni parti, ni couleur. Elle est apatride. Elle ne peut être domestiquée, apprivoisée. La vertu est plus épaisse que la simple bonne intention. La bonne foi, la sincérité ou encore l’amabilité ne se décrètent pas, elles s’imposent d’elles-mêmes. Souvent, on s’attache au vice alors que l’on croit s’accrocher à la vertu. Car la vertu est la sœur jumelle du vice. C’est sans doute ce qui explique le décrochage de certains politiques, qui promettent, toujours, une société gouvernée par la bonne pratique pendant qu’ils aspirent, tout le contraire de leur conduite.

Khady Diop Fall

Citoyenne Sénégalaise